- Lorsque les traits de caractère nuisent au fonctionnement quotidien. Une démarche pour optimiser votre fonctionnement et votre santé mentale -

TROUBLES DE LA PERSONNALITÉ

Les troubles de la personnalité sont des traits de caractères rigides et inadaptés qui nuisent au fonctionnement de l’individu dans ses occupations quotidiennes et qui entraînent une souffrance significative.

De façon générale, ces personnes sont décrites par leurs proches comme une personne ayant un fort caractère ou une forte personnalité, et cette caractéristique est telle qu’elle perturbe le fonctionnement de l’individu.

Un individu peut présenter un trouble de la personnalité, c’est-à-dire qu’il rencontre les critères diagnostics du DSM-V, mais il peut aussi présenter des traits de personnalités qui nuisent à son fonctionnement, sans avoir de diagnostic franc. Il peut également présenter plusieurs troubles de la personnalité ou des traits de plusieurs types de personnalité.

En réalité, nous présentons tous des traits ici et là, mais tous n’ont pas d’impacts fonctionnels associés à ces traits.

APERÇU DES IMPACTS FONCTIONNELS LIÉS AUX TROUBLES DE LA PERSONNALITÉ

Les impacts les plus significatifs liés aux troubles de la personnalité concernent la sphère sociale. En effet, la plupart présentent au premier plan des caractéristiques qui nuisent au maintien de relations significatives et réciproques – et ces difficultés d’ordre sociales peuvent se répercuter dans toutes les sphères de vie : au travail, dans leur rôle de conjoint, de parent, de proche ou d’ami, dans les loisirs, etc.

Mais outre la sphère sociale, les troubles de la personnalité ont aussi d’autres impacts fonctionnels, lesquels varient d’un type de personnalité à l’autre. Voici un aperçu des troubles de personnalité les plus susceptibles d’inciter à une consultation en ergothérapie :

Personnalité limite : la personnalité limite se caractérise par une instabilité des relations interpersonnelles, de l’image de soi et des affects, ainsi que par la présence d’impulsivité (DSM-V).

Les atteintes fonctionnelles concernent en premier lieu les relations interpersonnelles, qui sont brimées par les efforts pour éviter l’abandon, par le clivage, la vision dichotomique (vision « tout ou rien », difficulté à nuancer), l’impulsivité, l’émotivité et l’identité diffuse. Ceci peut mener à un dysfonctionnement dans la vie personnelle de l’individu, mais aussi dans sa vie professionnelle.

En second lieu, elles concernent la capacité de l’individu à maintenir son engagement dans des occupations. En effet, l’individu présentant une personnalité limite a du mal à définir ses valeurs et objectifs de vie et/ou à les maintenir dans le temps, ce qui amène de l’instabilité dans ses projets de vie. De plus, l’impulsivité peut amener la personne à dévier de ses objectifs de vie et la souffrance inhérente à ce trouble, particulièrement dans le contexte de perte de relations, peut aussi amener l’individu à se désengager subitement de ses occupations.

Personnalité narcissique : la personnalité narcissique, qui touche davantage les hommes que les femmes, se caractérise par des fantaisies ou des comportements grandioses, un besoin d’être admiré et un manque d’empathie (DSM-V).

Les impacts fonctionnels liés à la personnalité narcissique sont contradictoires : si certains offrent faible niveau de fonctionnement, certains présentent un profil fonctionnel supérieur à la moyenne, ce qui n’est pas pour autant prédicteur d’une bonne santé mentale.

En effet, pour maintenir une identité positive, l’individu a besoin d’être performant dans les domaines qu’il valorise. On observe donc souvent un haut niveau de fonctionnement, particulièrement dans les domaines où il est susceptible d’être admiré, comme dans la sphère professionnelle, les arts, les loisirs organisés, etc. Ils sont d’ailleurs susceptibles de gravir les échelons et de se retrouver en position d’autorité, en position de pouvoir.

Or, s’ils recherchent et cumulent les réussites, c’est souvent en raison d’une intolérance face à l’échec et l’abandon menaçant leur perception de soi, le raisonnement narcissique étant dépourvu de nuances : s’il n’est pas à la hauteur de ses attentes grandioses, l’individu se perçoit comme un « moins que rien » et sombre dans une souffrance qu’il ne peut gérer. D’ailleurs, s’il ne sent pas à la hauteur, ou qu’il ne perçoit plus son milieu de travail comme étant à la hauteur de sa personne, l’individu peut se désengager d’un projet professionnel – amenant de l’irrégularité dans la sphère professionnelle.

Cette vision dichotomique (vision « tout ou rien »), qui s’applique à l’ensemble des raisonnements de l’individu, touche aussi ses relations interpersonnelles. Par exemple, le maintien des relations peut être contraint par l’incapacité de l’individu à maintenir une perception positive des gens qui l’entourent, ou encore à se percevoir positivement à travers une relation, ce qui peut l’amener à se désengager de la relation ou à adopter des comportements susceptibles de faire souffrir autrui (ex : exiger que ses proches soient à la hauteur de ses attentes grandioses, rabaisser ses proches, dominer, etc.).

Les relations interpersonnelles peuvent aussi être complexifiées par des éléments comme le manque d’empathie et l’attitude centrée sur soi (ex : croire qu’il mérite d’être traité mieux que les autres, besoin d’admiration, envier les autres, croire que les autres ne peuvent pas le comprendre, etc.).

Certaines personnalités narcissiques sont bien adaptées dans leur emploi et leur vie personnelle. Par ailleurs, c’est lors de la perte volontaire (ex : retraite) ou involontaire (ex : rupture, perte d’emploi, etc.) d’un statut social ou d’une relation significative qu’ils sont susceptible de souffrir davantage que la population générale et de présenter, par exemple, des symptômes dépressifs.

Ainsi, si l’individu peut présenter objectivement un haut niveau de fonctionnement, notamment dans la sphère professionnelle, c’est ironiquement cette quête d’un haut niveau de fonctionnement qui caractérise le trouble et qui peut être à l’origine de dysfonctions sociales et professionnelles ainsi que d’une souffrance cliniquement significative.

Personnalité obsessionnelle-compulsive : la personnalité obsessionnelle-compulsive (à ne pas confondre avec le trouble obsessionnel compulsif) se caractérise par des préoccupations par l’ordre, le perfectionnisme et le contrôle mental et interpersonnel, aux dépends d’une souplesse, d’une ouverture et de l’efficacité (DSM-V).

Les atteintes fonctionnelles peuvent être vastes et touchent tant les soins personnels que la sphère professionnelle, les loisirs ou la sphère sociale. Elles sont principalement liées à la rigidité que présente l’individu, altérant le rendement dans l’accomplissement des tâches ou entraînant de l’évitement. Par exemple, l’individu peut porter attention aux détails ou travailler de façon si perfectionniste que cela altère sa capacité à terminer la tâche, à l’accomplir dans les délais prévus ou créer de l’épuisement. L’individu peut aussi être porté à éviter de partager des tâches avec autrui, ayant du mal à vivre avec la perte de contrôle que cela implique.

Personnalité dépendante : c’est avec l’autonomie et la solitude que les personnalités dépendantes ont le plus de difficultés. En effet, ils ont du mal à s’appuyer sur leurs forces personnelles pour prendre des décisions au quotidien, pour assumer les responsabilités associées à leurs rôles, pour initier des projets, pour émettre une opinion, etc. Ce sont surtout la crainte de perdre la figure de soutien ainsi que la faible confiance en ses capacités qui nourrissent les angoisses de ces individus. Il en résulte une tendance à chercher l’approbation, le soutien ou la prise en charge par autrui, ainsi que des comportements d’inertie ou d’évitement dans les situations où ce support est absent.

Ainsi, les impacts fonctionnels se répercutent surtout dans les occupations où l’individu doit, par lui-même, prendre des initiatives, des décisions ou des responsabilités. Au quotidien, ils tendent à s’appuyer sur un proche pour des décisions banales comme le choix de l’habillement ou des repas, mais également pour des décisions plus significatives comme le choix des fréquentations, le choix de l’emploi, les initiatives au travail, les choix financiers, etc. Les impacts fonctionnels peuvent donc être vastes et toucher l’ensemble des occupations quotidiennes, mais les atteintes réelles varient d’un individu à l’autre, en fonction des figures de soutien et du niveau d’autonomie de l’individu.

Personnalité évitante : la personnalité évitante est caractérisée par une inhibition sociale, un sentiment de ne pas être à la hauteur et une hypersensibilité au jugement négatif d’autrui (DSM-V). Les atteintes fonctionnelles concernent les occupations qui impliquent des interactions sociales : l’individu évite toutes les interactions sociales où il est susceptible d’être critiqué, jugé désapprouvé ou rejeté et s’engage uniquement dans celles qu’il juge non menaçantes. Par conséquent, les impacts fonctionnels peuvent être vastes. Par exemple, la peur peut mener l’individu à s’abstenir d’obtenir une promotion, à éviter de donner son opinion, à éviter de développer des liens avec les gens qui l’entourent, etc.

APERÇU DU PROCESSUS EN ERGOTHÉRAPIE

Bien que les objectifs et interventions puissent varier d’une personne à l’autre, notamment en fonction du type de personnalité, le processus ergothérapique vise à amener à personne à réfléchir à la relation qui existe entre ses occupations et ses symptômes psychologiques : en quoi les symptômes psychologiques de l’individu affectent ses occupations quotidiennes et de quelle façon ces dernière affectent à leur tour ses symptômes.

Il est ensuite appelé à réfléchir à son niveau de satisfaction par rapport à son quotidien : est-il source de plaisir, de valorisation, de sécurité, etc. ou il suscite plutôt de l’angoisse, de la détresse, des conflits, etc.?

Ainsi, l’individu sera appelé à réfléchir aux changements qu’il souhaite appliquer à son quotidien afin de vivre davantage de satisfaction et de bien-être – et ce processus influencera en soi les symptômes psychologiques de l’individu, mais l’invitera aussi à agir directement sur ceux-ci.